Texte de Nathalie Sécardin

Texte de présentation de l’exposition

Hélène Marcoz prélève dans l’espace urbain des signes visuels propres aux métropoles. Elle confronte ainsi dans la galerie, des plans de ville « Cartes à gratter » et deux photographies panoramiques « Le café de la Paix » et « Le métro ».
Placées en vis-à-vis, les deux installations photographiques se répondent et évoquent la vie ordinaire, en proie au rythme effréné des grandes villes, dans divers lieux publics.
À première vue, rien de très spectaculaire ne transparaît dans ces photographies car elles n’ajoutent rien au monde mais le réinvestissent par des écarts sensibles. Le dispositif séquentiel des images en est un indice; il introduit « une durée » propre au cinéma. L’instant, cette limite abstraite et conceptuelle propre à la photo, est ainsi rejoué dans l’image par plans successifs, comme pour donner « du temps au temps ». De légers décalages de plan perturbent la continuité de l’image car l’artiste laisse à l’environnement le soin d’évoluer entre chaque prise de vues. Ces légères désynchronisations donnent forme à une réalité troublante.
Les sérigraphies sur carte combinent la notion de découverte d’une ville et de jeu à gratter. Hélène « gratte » sur une surface, enduite d’encre sérigraphique argentée, les trajets qu’elle a effectués dans des villes. Le plan de ville enfoui sous la pellicule ressurgit ainsi partiellement en mémoire des parcours quotidiens, insignifiants, noyés dans l’anonymat des grandes villes. Le geste d’Hélène actualise ainsi une disparition et fait valoir la nécessité d’un regard subjectif.
« si j’étais le point de vue » questionne notre perception du réel. Comment avoir une image cohérente du monde alors qu’il est multiple, complexe, traversé par une infinité de réseaux et de mixages en tous genres ?

Nathalie Sécardin

Directrice de l’EMBA de Châteauroux
2003